Nouvelle-Calédonie/ Kanaky

Décolonisation de la Calédonie et désintérêt dans l'Hexagone ?

Juillet 2023

La Nouvelle-Calédonie et son processus de décolonisation laissent-ils de marbre une très grande majorité de Français, de médias et de personnalités politiques ? Sont-ils mal à l’aise ? Indifférents ?

Colonisation et ignominie : quelques faits marquants

Voici quelques faits marquants de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie,  inscrite sur la liste de l’ONU des pays à décoloniser. Parmi ces éléments, la lettre d’un Premier ministre révélant sa stratégie de noyer démographiquement la population autochtone grâce à une immigration massive.

Une quasi-guerre civile dans les années 80

Pendant de longues années, elle fut appelée « les événements », probablement pour masquer l’ampleur du conflit et les ravages de la colonisation. Cette quasi-guerre civile entre anti-indépendantistes et loyalistes – « Kanak et Caldoches » a coûté la vie à des dizaines de personnes dans les années 80. Parmi elles, Eloi Machoro tué par des gendarmes du GIGN quelques semaines après le massacre à Hienghène de 10 Kanak, dont deux frères de Jean-Marie Tjibaou.

Le drame d'Ouvéa et l'élection présidentielle de 1988

Des élections régionales calédoniennes controversées organisées le même jour que le premier tour de l’élection présidentielle en avril 1988. Un Premier ministre et candidat de droite clairement anti-indépendantiste. Un Président socialiste bien décidé à se faire réélire. Un archipel qui bouillonne, où l’injustice est flagrante (acquittement des auteurs du massacre de Hienghène). Ce cocktail toxique a engendré le drame d’Ouvéa.

Accords, paix et frustration meurtrière

Les accords de Matignon-Oudinot signés sous le gouvernement socialiste de Michel Rocard, permettent le retour de la paix civile dans l’archipel. Un an plus tard,  Jean-Marie Tjibaou et Yéiwené Yéiwéné sont assassinés.

En 1998, un nouvel accord repousse l’organisation d’un référendum sur l’indépendance : l’accord de Nouméa.

Indépendance : trente ans d'attente puis trois référendums

Il devait initialement se tenir en 1998. Finalement, c’est en 2018 que le référendum d’autodétermination a été organisé. Trente ans d’attente, de patience, de détermination. Le non à l’indépendance est arrivé en tête. Mais, sans la puissance que des sondages avaient prédit. De quoi décontenancer les loyalistes,  d’offrir aux indépendantistes une forme de victoire ou de revanche, et de rebattre les cartes. Car l’accord de Nouméa permettait l’organisation de deux autres référendums.

Un covid-19 ravageur, une duplicité de l'Etat et un dernier référendum controversé

La pandémie de Covid-19 s’est abattue cruellement sur l’archipel à partir de septembre 2021. L’État a refusé de reporter la date du dernier – et donc capital – référendum. Une date fixée au 12 décembre 2021, après une incohérente volte-face du gouvernement. Une date approuvée pleinement par les loyalistes. Elle avait été initialement contestée par les indépendantistes en raison de la proximité des échéances électorales nationales. À leurs yeux, les ravages de la pandémie, le traumatisme, la période de deuil, cruciale dans les cultures océaniennes, exigeaient inévitablement un report du référendum.

À la lecture de leur lettre ouverte au peuple français, les partis indépendantistes paraissent avoir perçu le refus de l’État et certaines déclarations de loyalistes comme des coups de poignard. Ils ont donc choisi…

Référendum controversé de 2021 : "nous sommes renvoyés dos à dos avec un retour en arrière de trente ans"

Les indépendantistes ont appelé à la non-participation au référendum controversé. Le 12 décembre, le taux de participation ne s’élevait qu’à 44 % contre près de 86 % à la consultation référendaire de 2020.

Les candidats à l’élection présidentielle ont presque tous affiché leur position respective. À gauche et à l’extrême-gauche, la plupart ont dénoncé une faute politique de la part du président sortant et estimé que le référendum était illégitime. À droite et à l’extrême-droite, ils se sont satisfaits du résultat : 96,50 % pour le non à l’indépendance.

Grande satisfaction également pour Emmanuel Macron, qui avait pourtant déclaré en 2017 que la colonisation était « un crime contre l’humanité ». Ce 12 décembre 2021, pour le chef de l’État, « la Nouvelle-Calédonie restera française ».

Pour les indépendantistes, c’est un référendum bidon, une mascarade, « un hold-up politique ».  « La question n’est pas réglée. Et nous sommes renvoyés dos à dos avec un retour en arrière de trente ans. »

Septembre 2023 marque les 170 ans de colonisation de l’archipel.