La défiance envers les médias est à géométrie variable. Quand un reporter ou un dessinateur est assassiné à cause d’une enquête ou en défendant la liberté d’expression, le grand public se rappelle avec reconnaissance du rôle crucial des journalistes. C’est tout l’inverse, quand des dérives de la presse sont mises en lumière. La profession toute entière est alors accusée des pires maux : manipulation, mensonges, connivence. Sa crédibilité en prend un coup.
La couverture médiatique, clairement et abusivement anxiogène, de la pandémie de Covid-19 en 2020 et 2021 a enfoncé le clou. Elle a cependant permis à de nombreuses personnes de prendre largement conscience des dysfonctionnements déjà existants au sein des médias.
Que faire ? Continuer à crier haro sur la presse ? Et, donc, choisir la facilité ? Ou bien être constructif, s’informer sur les causes profondes de ces dérives, s’interroger sur les responsabilités individuelles et collectives, aider les rédactions de journalistes intègres à continuer d’exister voire à prospérer, et agir en son âme et conscience ?
C’est ce chemin que propose Zoonews ou la face obscure d’une chaîne « tout info », livre témoignage des dérives d’Euronews de 2000 à 2015. Un média qualifié par certains, en interne, de «maison de fous», de «fast-food de l’info». Un média où les conditions de travail et les manques cruels de moyens étaient comme les barreaux d’une cage.
Mais le pire, pour une partie des journalistes français, italiens, espagnols, portugais, anglophones, germanophones, ukrainiens, russes, turcs, iraniens, arabophones, grecs et hongrois de ce média basé à Lyon, fut de faire face à de graves turbulences et accrocs en matière d’indépendance éditoriale et de déontologie. Les manoeuvres de sponsors envahissants, de partenaires financiers, d’actionnaires russe et turc ainsi, entre autres, que des pressions internes liées aux doctrines du monde arabo-musulman se sont accumulées au fur et à mesure que la situation financière de la chaîne se dégradait.
Pour ceux qui estiment que nous avons les médias que nous méritons, et dans un monde où désormais quasiment tout le monde communique et diffuse des informations à travers les réseaux sociaux et les sites internet, ce témoignage doit nous interroger sur nos propres dérives.